Une étiquette alimentaire est un document réglementé par le règlement (UE) n° 1169/2011, dit INCO, qui fixe la liste des mentions obligatoires, leur taille minimale de caractères et la façon de les exprimer. Presque tout ce qui y figure a une définition chiffrée et opposable : « sans sucres » veut dire au plus 0,5 gramme de sucres pour 100 grammes, « riche en protéines » veut dire qu'au moins 20 % de la valeur énergétique du produit vient des protéines, et une mention d'avertissement sur les effets laxatifs signale plus de 10 % de polyols ajoutés.
Il existe une exception, et c'est celle qui rend la lecture d'étiquette frustrante quand on cherche vraiment à savoir ce qu'on mange : la quantité d'un additif n'est presque jamais indiquée. Seule sa présence l'est. C'est vrai des édulcorants intenses comme des polyols, des colorants comme des conservateurs. Cette page dit ce que l'étiquette vous donne, avec les chiffres, et où elle s'arrête.
Nous préparons nous aussi un produit de cette catégorie, et nos étiquettes obéiront aux mêmes règles. Voilà donc ces règles, avec leurs seuils.
Les mentions obligatoires : ce qui doit figurer, sans exception
L'article 9 du règlement INCO liste les informations qu'un emballage doit porter. Il y en a douze :
- La dénomination de la denrée
- La liste des ingrédients
- Tout ingrédient ou auxiliaire technologique figurant à l'annexe II et provoquant allergies ou intolérances
- La quantité de certains ingrédients ou catégories d'ingrédients
- La quantité nette
- La date de durabilité minimale ou la date limite de consommation
- Les conditions particulières de conservation ou d'utilisation
- Le nom et l'adresse de l'exploitant du secteur alimentaire responsable
- Le pays d'origine ou lieu de provenance, dans les cas prévus
- Le mode d'emploi, lorsqu'il serait difficile de faire un usage approprié sans lui
- Le titre alcoométrique, pour les boissons titrant plus de 1,2 % d'alcool
- La déclaration nutritionnelle
L'article 13, paragraphe 2, ajoute une contrainte que peu de gens connaissent : ces mentions doivent être imprimées en caractères dont la hauteur de x est d'au moins 1,2 millimètre, seuil abaissé à 0,9 millimètre pour les emballages dont la plus grande surface est inférieure à 80 centimètres carrés. Une étiquette illisible sans lunettes n'est donc pas forcément non conforme, mais elle n'est pas non plus libre de faire ce qu'elle veut.
La liste d'ingrédients : la seule hiérarchie que vous obtenez gratuitement
L'article 18, paragraphe 1, pose la règle qui rend cette liste réellement utile : les ingrédients figurent par ordre décroissant de leur poids au moment de leur mise en œuvre.
Ce n'est pas un détail de présentation, c'est une information quantitative déguisée. Le premier ingrédient pèse plus que tous les suivants pris un à un. Si un sucre, un sirop ou une matière grasse apparaît en première ou deuxième position, il compose l'essentiel du produit, quoi que dise la face avant du paquet.
Ce que cette règle ne vous donne pas : les écarts. Entre un produit dont les deux premiers ingrédients pèsent 60 % et 5 %, et un produit où ils pèsent 33 % et 30 %, l'ordre affiché est identique.
Quand la quantité exacte d'un ingrédient devient obligatoire
C'est le mécanisme dit QUID, prévu à l'article 22. La quantité d'un ingrédient doit être indiquée, en pourcentage, dans trois situations :
- L'ingrédient figure dans la dénomination du produit, ou le consommateur l'associe habituellement à cette dénomination
- Il est mis en évidence par des mots, des images ou une représentation graphique
- Il est essentiel pour caractériser la denrée et la distinguer des produits avec lesquels elle pourrait être confondue
Retenez la deuxième ligne, c'est la plus exploitable en rayon. Dès qu'un ingrédient est mis en avant sur le paquet, sa quantité doit être chiffrée quelque part. Une photo de noisettes sur la face avant oblige à indiquer le pourcentage de noisettes. En revanche, un ingrédient qui n'est ni nommé ni montré n'a pas à être quantifié, et c'est très exactement le cas des additifs.
Les allergènes
L'annexe II fixe la liste des substances à déclaration obligatoire, quelle que soit la quantité présente. Elle couvre notamment les céréales contenant du gluten, les crustacés, les œufs, les poissons, les arachides, le soja, le lait, les fruits à coque, le céleri, la moutarde, le sésame, les sulfites au-delà de 10 mg/kg, le lupin et les mollusques.
Leur présence doit être mise en évidence typographiquement dans la liste d'ingrédients, par une police, un style ou une couleur de fond qui les distingue du reste. C'est la seule information de l'étiquette qui bénéficie d'une obligation de mise en forme, et la seule qui fasse foi en cas d'allergie, avant toute application de scan.
Ces applications lisent la même étiquette et héritent donc des mêmes limites, à commencer par l'absence de dosage des additifs. C'est tout l'enjeu de ce que la note Yuka mesure réellement.
Le tableau nutritionnel : sept lignes obligatoires, six facultatives
C'est ici que se joue la différence entre un fabricant qui vous informe et un fabricant qui se contente du minimum légal.
L'article 30, paragraphe 1, impose sept données, exprimées pour 100 grammes ou 100 millilitres au titre de l'article 32 :
- La valeur énergétique
- Les matières grasses
- Dont acides gras saturés
- Les glucides
- Dont sucres
- Les protéines
- Le sel
L'article 30, paragraphe 2, autorise six ajouts volontaires, et c'est le point le plus actionnable de toute cette page :
- Les acides gras mono-insaturés
- Les acides gras polyinsaturés
- Les polyols
- L'amidon
- Les fibres alimentaires
- Les vitamines et minéraux de l'annexe XIII, présents en quantité significative
La ligne « dont polyols » est facultative. Sa présence est un signe de transparence, son absence n'est pas une infraction. Or c'est la seule ligne qui vous donne, en grammes, la teneur d'une famille d'additifs employés en quantités importantes dans les produits « sans sucres ». Quand elle y est, vous avez le chiffre exact et vous pouvez le rapporter au poids réel de ce que vous mangez. Quand elle n'y est pas, vous n'avez rien.
Cette ligne facultative couvre une famille entière d'additifs, et savoir de qui il s'agit change la lecture : les sept polyols autorisés dans l'Union européenne, code par code.
Pour 100 g ou par portion ?
L'expression pour 100 grammes ou 100 millilitres est obligatoire (article 32). L'expression par portion ou par unité de consommation est possible en plus (article 33), à condition que la portion soit quantifiée sur l'étiquette et que le nombre de portions contenues dans l'emballage soit indiqué.
Conséquence pratique : la colonne « pour 100 g » est la seule qui permette de comparer deux produits, parce que c'est la seule dont la base est imposée. Une portion, elle, est définie par le fabricant.
Les additifs : présence obligatoire, quantité jamais
Un additif doit figurer dans la liste d'ingrédients, précédé du nom de sa catégorie fonctionnelle (conservateur, colorant, édulcorant, émulsifiant), puis désigné par son nom spécifique ou par son code E. Il apparaît à sa place dans l'ordre de poids décroissant, ce qui explique qu'un édulcorant intense employé au milligramme se retrouve presque toujours en fin de liste.
L'annexe III ajoute des mentions obligatoires complémentaires pour certaines catégories, dont deux intéressent directement les produits sucrés autrement qu'au sucre :
- La dénomination du produit doit être accompagnée de la mention « avec édulcorant(s) », ou « avec sucre(s) et édulcorant(s) » si les deux sont présents.
- Les denrées contenant plus de 10 % de polyols ajoutés doivent porter la mention « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs ».
Ce second seuil mérite d'être lu deux fois. Il est fixé à « plus de » 10 %, ce qui signifie qu'un produit à exactement 10 % n'a pas à porter la mention. Et surtout, la mention ne se gradue pas : un produit à 11 % et un produit à 30 % affichent rigoureusement la même phrase. Elle vous dit qu'un seuil est franchi, jamais de combien.
Symétriquement, son absence ne signifie pas « pas de polyols » : elle signifie au plus 10 % de polyols ajoutés, ce qui laisse jusqu'à 5 grammes sur une barre de 50 grammes.
Pour l'un des édulcorants intenses au moins, le dossier vient d'être réexaminé : ce que l'EFSA a conclu sur le sucralose en février 2026.
Pour les édulcorants intenses, il n'existe aucun équivalent de la ligne « dont polyols ». Vous savez qu'il y en a. Vous ne saurez jamais combien.
Les mots dont le sens est fixé par un règlement
Les allégations nutritionnelles ne sont pas des arguments marketing libres. Le règlement (CE) n° 1924/2006 fonctionne par liste positive : seules les allégations qui y figurent peuvent être employées, et chacune est assortie d'une condition chiffrée.
| Mention | Ce qu'elle engage exactement |
|---|---|
| Sans sucres | Au plus 0,5 g de sucres pour 100 g ou 100 mL |
| Sans sucres ajoutés | Aucun mono ou disaccharide ajouté. Si le produit contient des sucres naturellement présents, la mention « contient des sucres naturels » doit figurer à proximité |
| Source de protéines | Au moins 12 % de la valeur énergétique du produit apportés par les protéines |
| Riche en protéines | Au moins 20 % de la valeur énergétique du produit apportés par les protéines |
| Source de fibres | Au moins 3 g de fibres pour 100 g, ou au moins 1,5 g pour 100 kcal |
| Riche en fibres | Au moins 6 g de fibres pour 100 g, ou au moins 3 g pour 100 kcal |
| Faible teneur en matières grasses | Au plus 3 g de matières grasses pour 100 g pour un solide, 1,5 g pour 100 mL pour un liquide |
| Sans matières grasses | Au plus 0,5 g de matières grasses pour 100 g ou 100 mL |
| À teneur réduite en [nutriment] | Réduction d'au moins 30 % par rapport à un produit similaire, avec des seuils différents pour les micronutriments (10 %) et le sodium (25 %) |
| Allégé, light | Mêmes conditions que « à teneur réduite », plus l'indication de la caractéristique qui entraîne l'allègement |
Deux lectures utiles de ce tableau. D'abord, « riche en protéines » est un seuil de proportion, pas de quantité : un produit très gras peut échouer à l'atteindre malgré une teneur absolue élevée, et un produit peu calorique peut l'atteindre facilement. Ensuite, « sans sucres » et « sans sucres ajoutés » ne veulent pas du tout dire la même chose, et la seconde formule est compatible avec une teneur en sucres élevée d'origine naturelle.
Pourquoi les calories affichées ne se recalculent pas toujours
La valeur énergétique n'est pas mesurée, elle est calculée à partir de facteurs de conversion fixés par l'annexe XIV du règlement INCO :
| Composant | Facteur de conversion |
|---|---|
| Glucides, hors polyols | 4 kcal/g (17 kJ/g) |
| Protéines | 4 kcal/g (17 kJ/g) |
| Matières grasses | 9 kcal/g (37 kJ/g) |
| Polyols | 2,4 kcal/g (10 kJ/g) |
| Érythritol | 0 kcal/g |
| Alcool (éthanol) | 7 kcal/g (29 kJ/g) |
| Fibres alimentaires | 2 kcal/g (8 kJ/g) |
| Acides organiques | 3 kcal/g (13 kJ/g) |
C'est pour cette raison qu'un produit « sans sucres » affiche moins de calories qu'un produit sucré à teneur en glucides comparable : les polyols sont comptés à 2,4 kcal par gramme au lieu de 4. L'écart n'est pas une astuce d'étiquetage, c'est une règle de calcul, mais il explique une partie de la différence affichée.
Le même écart entre ce qui est écrit et ce qui est réellement dosé se retrouve sur les poudres protéinées, où une large part de ce qu'on reproche à la whey vient des additifs de la poudre.
Le Nutri-Score, et ce qu'il recouvre
Le Nutri-Score est un mode d'expression complémentaire, volontaire : un produit qui ne l'affiche pas n'est pas en infraction. Il se calcule pour 100 grammes ou 100 millilitres, à partir de la teneur en éléments à favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes, légumineuses) et à limiter (énergie, acides gras saturés, sucres, sel).
Son algorithme a changé. Le nouveau mode de calcul est entré en vigueur en France le 16 mars 2025, et les entreprises disposent de deux ans pour l'appliquer sur les emballages, soit jusqu'en mars 2027. Pendant cette transition, deux emballages du même produit peuvent porter des lettres différentes sans qu'aucun ne soit erroné.
Ce que le Nutri-Score ne prétend pas être : une mesure de la portion consommée, un indicateur de la présence d'additifs, ou une évaluation du degré de transformation. Ces éléments ne figurent pas parmi ses paramètres de calcul.
La méthode, en cinq gestes
- Retournez le paquet. La face avant est un support de communication ; le dos est un document réglementé.
- Lisez les trois premiers ingrédients. Ils pèsent l'essentiel du produit, dans l'ordre affiché.
- Cherchez le pourcentage QUID de l'ingrédient mis en avant. S'il est montré ou nommé, il est chiffré.
- Lisez la colonne « pour 100 g », jamais la colonne « par portion », pour comparer deux produits.
- Cherchez les lignes facultatives, à commencer par « dont polyols » et « fibres ». Leur présence est le meilleur indice de transparence disponible sur un emballage, et leur absence ne vous apprend rien.
Questions fréquentes
Quelles sont les mentions obligatoires sur une étiquette alimentaire ?
Les douze mentions énumérées à l'article 9 du règlement (UE) 1169/2011, reprises en tête de cette page : dénomination, liste des ingrédients, allergènes de l'annexe II, quantité de certains ingrédients, quantité nette, date de durabilité ou date limite, conditions de conservation, exploitant responsable, origine dans les cas prévus, mode d'emploi si nécessaire, titre alcoométrique au-delà de 1,2 %, et déclaration nutritionnelle.
Comment connaître l'origine d'un produit alimentaire ?
L'indication du pays d'origine ou du lieu de provenance n'est obligatoire que dans les cas prévus par la réglementation, notamment lorsque son omission serait de nature à induire le consommateur en erreur, et pour des catégories définies comme certaines viandes. Hors de ces cas, une mention d'origine est volontaire. À ne pas confondre avec le numéro d'agrément sanitaire, qui identifie l'établissement de conditionnement et non l'origine de la matière première.
« Glucides dont sucres » : comment lire cette ligne ?
La ligne « glucides » comprend tous les glucides assimilables, la ligne « dont sucres » n'en isole que les mono et disaccharides. La différence entre les deux correspond principalement aux amidons, et aux polyols lorsque le fabricant ne les déclare pas séparément. Les fibres, elles, ne sont pas comptées dans les glucides au sens du règlement européen.
Un produit sans liste d'ingrédients est-il illégal ?
Pas toujours. Le règlement prévoit des exemptions, notamment pour les denrées constituées d'un seul ingrédient dont la dénomination est identique au nom de l'ingrédient, ou pour certains produits comme les fruits et légumes frais non transformés.
Peut-on se fier aux applications de scan plutôt qu'à l'étiquette ?
Elles lisent la même étiquette et héritent donc de ses limites, la principale étant l'absence de dosage des additifs. En cas d'allergie en particulier, c'est l'emballage du produit que vous tenez qui fait foi, et les éditeurs de ces applications l'écrivent eux-mêmes.
Sources et méthode. Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires (INCO) : article 9 pour les douze mentions obligatoires, article 13 paragraphe 2 et annexe IV pour la hauteur de caractères de 1,2 mm (0,9 mm sous 80 cm²), article 18 paragraphe 1 pour le classement des ingrédients par ordre de poids décroissant, article 22 pour les trois cas d'indication quantitative des ingrédients (QUID), article 30 paragraphe 1 pour les sept données obligatoires de la déclaration nutritionnelle et paragraphe 2 pour les six mentions volontaires dont les polyols, articles 32 et 33 pour l'expression pour 100 g ou 100 mL et par portion, annexe II pour les substances allergènes à déclaration obligatoire, annexe III pour les mentions « avec édulcorant(s) » et « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs » au-delà de plus de 10 % de polyols ajoutés, annexe XIV pour les facteurs de conversion énergétique. Règlement (CE) n° 1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires, son annexe, pour les conditions chiffrées de « sans sucres », « sans sucres ajoutés », « source de protéines », « riche en protéines », « source de fibres », « riche en fibres », « faible teneur en matières grasses », « sans matières grasses », « à teneur réduite en » et « allégé ». Santé publique France pour le caractère volontaire du Nutri-Score, sa base de calcul pour 100 g ou 100 mL, les éléments pris en compte, et l'entrée en vigueur du nouvel algorithme en France le 16 mars 2025 assortie d'un délai de deux ans pour l'application sur les emballages. L'annexe du règlement (CE) n° 1924/2006 a été lue sur le texte consolidé publié par EUR-Lex ; les annexes II, III et XIV du règlement INCO ont été vérifiées sur sources convergentes, dont la version consolidée publiée par les services législatifs. Relevé de la page de résultats Google « lire une étiquette alimentaire », France, 8 septembre 2026, pour la composition du paysage éditorial et les questions traitées. Contenu vérifié en septembre 2026. Cet article est une information générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.